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 Esprits des fantômes, sur vos fiers destriers, escortez dans la nuit la belle fiancée ღ Anhya

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Date d'inscription : 12/06/2016

MessageSujet: Esprits des fantômes, sur vos fiers destriers, escortez dans la nuit la belle fiancée ღ Anhya   Dim 12 Juin - 21:29


 


 
Anhya Snow Mortensen
« Du soleil de midi aux matines sonnantes, nous valserons ensemble macabre débutante »

 

 
who i am

 
Bonjour! Je m'appelle Anhya Snow Mortensen mais mes amis me surnomment Anhya ou Nya. Je suis né(e) à Chios en Grèce pendant le cinquième siècle et de ce fait j'ai donc environ 1500 ans. Côté coeur, je suis célibataire, sachant que mon orientation sexuelle est hétérosexuelle. J'appartiens au groupe sans clamp . Je suis un personne gentille, libre, souriante, passionnée; mais aussi têtue, obstinée et rusée.
 


 
this my story

 
GRECE, Chios – Vème siècle


Aleaha. C’est ce nom que mes parents m’ont donné à la naissance. Si mes souvenirs sont exacts c’est mon père qui l’a choisi car ma mère a choisi celui de ma sœur aînée. Peut-être est-ce pour cette raison que j’ai toujours été plus proche de lui que de celle qui m’a donné la vie. Allez savoir. Parfois on a plus d’affinité avec certains que d’autres. C’est ce que l’on appelle le relationnel. En tout cas, une chose est sure, être quasiment constamment avec mon père ne m’a pas aidé à devenir la femme qu’on attendait que je sois. A l’époque, une femme était faite pour être une femme au foyer. Et oui… Vous vous attendiez à quoi au Vème siècle ? Il fallait apprendre à faire à manger, coudre, s’occuper des enfants. Concrètement, les femmes étaient entretenues par les hommes, chose qui a été d’actualité pendant de nombreuses années. Moi, du haut de mes seize ans, à l’époque, j’avais des idées assez révolutionnaires. J’étais tout à fait capable d’aider mon père dans son travail de pêcheur. Sauf que c’était tout sauf dans les us et les coutumes des miens.
Ma sœur, de deux ans de mon aînée, était la fille idéale. Elle savait coudre à la perfection, faisait des plats à se damner et elle avait réussi à trouver un fiancé. Et pas des moindres ! Il s’agissait du meilleur parti du village et en plus de ça, il n’avait que trois ans de plus qu’elle. C’était le parti rêvé car très peu de jeunes femmes réussissaient à épouser un homme qui n’avait pas plus de dix ans qu’elles. Nos pères étaient tellement stressés à l’idée qu’on ne puisse pas être correctement entretenues et manquer de quelque chose, qu’ils préféraient nous voir avec des vieux débris. Ma sœur avait eu de la chance que ce bon parti s’offre à elle et j’étais plus que ravie pour elle. Et puis, elle était très jolie. C’était une des choses qui nous différentiait elle et moi. Elle était la femme parfaite, j’étais un garçon manqué. Elle était belle et j’étais plus que banale voir même ingrate. C’était vrai ! J’étais blonde foncée et mes cheveux étaient aussi secs que de la paille. J’étais grande. Trop grande… Trop mince, aucune forme féminine – ou très peu. Je n’avais jamais intéressée les hommes. La seule chose, ou plutôt les seules choses que j’avais pour moi, c’était mes yeux couleur noisette et je savais danser. La danse était comme un don inné. A toutes les fêtes du village, je m’amusais comme une folle et je faisais une excellente cavalière mais c’était les seules fois où j’avais un quelconque contacte avec la gente masculine. A croire que je n’étais pas destinée à épouser quelqu’un un jour et croyez-moi, j’en souffrais énormément… Jusqu’à l’année de mes vingt deux ans…

Comme à mon habitude, j’aidais mon père au port. Il revenait de sa matinée de pêche qui était plutôt fructueuse, ce qui était assez rare. C’était de bon augure parce que cela voulait dire que nous allions pouvoir subsister pendant un petit moment. Le poisson était devenu un aliment de luxe et mon père était sans aucun doute le moins cher du marché alors tout le monde lui rachetait sa pêche. Ce matin-là, il pleuvait à torrent et portait une caisse, je glissais dans une flaque de boue. Si ces bras puissants ne m’avaient pas rattrapée à temps, les poissons auraient été invendables et mon père m’en aurait voulu pendant les cent prochaines années.
- Ca va ?
Cette voix avait provoqué des frissons dans le creux de mon échine tandis que je relevais la tête pour découvrir. Miklos, le fils unique du forgeron du village. Je le regardais complètement hébétée tandis que je me redressais correctement. J’étais presque aussi grande que lui. Il me dépassait que d’un ou deux centimètres ; c’était pour dire combien j’étais grande parce que lui, il était loin d’être petit. C’était normal que personne ne veuille de moi, j’étais aussi grande ou voir plus que les hommes. Mais dans le regard de Miklos, je ne vis aucun dégout pour ma grandeur. En fait, je n’y vis que de la fascination, chose que je ne comprenais pas. Et comme je ne répondais pas à sa question, il la réitéra et là, je ne pus qu’hocher la tête et lui dire un simple « merci » avant de fuir presque en courant.
Miklos n’avait jamais montré le moindre intérêt à mon égard avant ce jour. Mais depuis ce jour, je le remarquais à plusieurs reprises entrain de m’espionner au loin. Ce comportement me mettait mal à l’aise et quand je tentais de m’approcher, il disparaissait aussi sec. Et ce petit jeu dura jusqu’à ce que je réussisse à le prendre par surprise et à lui demander pourquoi est-ce qu’il m’espionnait. Sa réponse me laissa sans voix.
- Epouses-moi ! s’exclama-t-il.
- Que… Quoi ?!
- Epouses-moi, répéta-t-il un peu plus calmement.
Hébétée, figée, je le fixais comme s’il était devenu fou.
- Ne dis pas de bêtises, répondis-je.
- Mais… Non, je suis sérieux !
Mécaniquement, je me mis à rire parce que c’était la chose la plus stupide que j’avais entendu jusqu’à présent et que je m’étais faite à l’idée que jamais je ne me marierai malgré mon envie de fonder une famille un jour.
- C’est ça… Aller, dis-moi avec qui tu as parié pour venir me dire une telle chose ?
Maintenant, c’était lui qui me regardait comme si j’étais devenue folle.
- Personne ! Je suis sérieux, Aleaha.
Mon nom sembla rouler dans sa bouche, lui donnant une connotation érotique. Je ne savais vraiment pas comment réagir. Plus je le regardais, plus je le croyais. Mais pourquoi ? C’était complètement inconcevable.
- C’est insensé. Regardes-moi. Je suis presque aussi grande que toi, je ne sais presque pas coudre, ma cuisine laisse parfois à désirer… Je ne… Tu mérites beaucoup mieux que moi.
- Je pense pouvoir juger ce que je mérite, non ? Et puis… je t’ai regardé et ce que j’ai vu en toi m’a fasciné.
J’en perdais mes mots. Je ne savais pas ce qui pouvait à ce point le fasciner chez moi mais j’avais envie de le croire bien qu’une part de moi était persuadée qu’il s’agissait d’une blague. Une très mauvaise blague…
- Quoi donc ? demandais-je néanmoins pour savoir.
- Tu… Tu as un sourire magnifique, tu es courageuse et intrépide. J’aime ta façon de penser, de parler et… et tu danses magnifiquement bien. Tu m’inspires.
J’en étais venue à retenir ma respiration. Je l’inspirais ? Miklos faisait parti des villageois qui jouaient de la musique lors des fêtes. J’avais déjà eu l’occasion de l’entendre jouer en solo et il était doué. Si doué… Mon cœur manqua quelques battements quand il posa sa main sur ma joue, un geste qui se voulait tendre. Je sentais toute méfiance s’évanouir.
- Epouses-moi, recommença-t-il.
- D’accord, soufflais-je.
Ma réponse m’étonna mais ce sentiment se dissipa lorsque je vis un grand sourire se dessiner sur le visage de Miklos. Et ce fut alors que je reçus mon premier baiser. Nous étions à l’abri des regards alors personne ne nous avait vu, mais moi, je vécus à cet instant-là toute une série de sensations et sentiments que je n’avais jamais connu jusqu’à présent puisque je n’avais jamais intéressée les hommes. Ses lèvres se détachèrent des miennes et il me promit de demander ma main. Ce qu’il fit deux jours plus tard.

Mes parents furent surpris par cette demande. Tout comme moi, ils s’étaient faits à l’idée que jamais on ne me demanderait en mariage. Mais comme les prétendants ne se bousculaient pas derrière moi, mon père accepta ce mariage. La nouvelle fut surprenante pour tout le monde. Je savais bien ce que les gens disaient à notre passage : « Qu’est-ce qu’il lui trouve ? » - « Elle n’est pas faite pour lui » - « Il mérite tellement mieux » et j’en passe des meilleurs ! Autant être honnête, je m’attendais à ce que Miklos annule son engagement à tout moment mais il ne le fit pas et la date du mariage arriva. Mes parents avaient dépensé une fortune pour ma robe. Mais même encore là, je ne savais pas s’il serait présent. Toutes ces inquiétudes n’eurent pas lieu d’être parce que le mariage avait bien eu lieu. Miklos n’était peut-être pas le même genre de parti avec qui ma sœur avait uni sa vie, mais j’eus quand même le droit à un beau mariage. A cette époque là, je n’étais pas vraiment amoureuse de Miklos mais je savais qu’il pouvait me rendre heureuse.  Et puis, il semblait déjà plus attaché à moi que moi à lui. Sa joie était contagieuse. Notre nuit de noces eut lieu dans la maison qu’on avait fait construire en vue de notre mariage. Très sincèrement, ma première fois n’avait pas été exceptionnelle mais je supposais que c’était pareil pour toutes les femmes. Je n’y connaissais rien à ce moment-là sur le sexe, alors j’ignorais si la situation allait s’arranger. Il me fallut quelques temps pour découvrir que oui. Miklos était un homme très doux et patient. Très franchement, je n’avais pas pu trouver meilleur mari que lui. Et puis, au fil de notre ménage, j’avais réellement appris à l’aimer. L’amour était vraiment très étrange comment sentiment. J’avais cette envie d’être constamment à ses côtés et dès qu’il partait travailler, je m’ennuyais de lui. J’étais obligée de rester à la maison parce que les esprits n’étaient pas encore assez ouverts pour que je travaille alors j’essayais de m’améliorer en cuisine. Parfois, je faisais des plats vraiment infects mais Miklos les mangeait avec patience et ne laissait jamais rien dans son assiette. Il était vraiment adorable. Parfois j’ai encore du mal à le croire, mais nous filions vraiment le grand amour. La seule chose qui manquait encore à notre bonheur c’était des rires d’enfants dans notre maison. Miklos et moi n’arrivions pas à avoir d’enfant malgré nos nombreuses tentatives. Le sexe était vraiment devenu meilleur depuis notre première fois, mais il n’y avait rien à faire ; je n’arrivais pas à tomber enceinte. Bien sur, vous vous imaginez bien qu’à cette époque-là, nous n’avions aucun moyen de découvrir de qui venait réellement le problème. Et il était encore inconcevable qu’un homme ne puisse pas engendrer. Alors la faute me retomba dessus. C’était facile après tout. Les gens m’avaient toujours vu comme une erreur de la nature à cause de ma hauteur quasi disproportionnée pour une femme de cette époque, alors ça leur était facile de m’accuser de ne pas pouvoir mettre au monde un enfant. Et pourtant Miklos ne m’accusait de rien. Il était tellement gentil et honnête qu’il envisageait même que le problème vienne de lui et non pas de moi ? J’avais le mari rêvé et je n’avais pas pu m’empêcher de tout foutre en l’air…

J’avais vingt-sept ans. Cinq ans presque de mariage heureux avec Miklos malgré l’absence d’enfant qui se faisait de plus en plus grande. Nous ne manquions pas d’amour l’un envers l’autre et pourtant, je n’avais pas pu m’empêcher de le trahir, de trahir cette tendresse qu’il avait envers moi depuis ce jour où il avait enfin trouver le courage de me demander en mariage, de trahir cet amour qui unissait nos vies.
Miklos avait un meilleur ami, Nikola. Il n’était pas encore marié alors ça lui était facile pour lui de passer énormément de temps chez nous. Progressivement, il avait presque envahi notre espace personnel si bien qu’il arrivait de plus en plus souvent que je fasse un dîner pour trois plutôt que pour deux. Cette situation ne me plaisait pas parce que nous n’avions pas beaucoup de moyen et sa bouche à nourrir était un repas de moins que nous ne pourrions pas manger. Lasse de sa présence, j’en fis part à Miklos qui, compréhensif, me jura qu’il allait lui parler. Il le fit, bien sur, mais Nikola continua à venir mais pendant que mon époux n’était pas à la maison. Au départ, sa visite m’avait surprise et je n’avais pas eu le courage de le mettre dehors et à cause de ce manque de courage, cela devint un rituel. Il venait dans l’après-midi et repartait avant que Miklos ne rentre. Nikola était loin d’être un vilain garçon. En fait, il était même plutôt séduisant. Seulement voilà, les sentiments que j’éprouvais pour mon époux ne me permettaient pas de faire quoi que ce soit avec lui. Et cela n’était même pas envisageable. Je n’étais pas comme ça. Tout du moins c’était ce que je croyais… Pendant une de ces après-midi où il me fit don de sa présence, il me prit par surprise en m’embrassant. Il était légèrement plus petit que moi, je m’en rendis réellement compte à cet instant. Miklos réussissait à me faire oublier à quel point j’étais grande… Si au départ je restais figée, je ne tardais pas à lui rendre son baiser qui avait un goût et une saveur différents de ceux de Miklos. Cela n’alla pas plus loin au départ. Mais bientôt, j’en vins presque à y penser tout le temps, me demandant quel goût avait l’interdit… Les baisers se transformèrent en attouchements puis en préliminaires jusqu’à ce que je commette l’irréparable : j’eus une relation sexuelle avec le meilleur ami de Miklos…
C’était différent de toutes les fois où Miklos et moi avions fait l’amour. Avec mon mari, c’était doux, fusionnelle et passionnelle. Avec Nikola, c’était brusque et sauvage. Il n’y avait pas d’amour là-dedans. Concrètement, nous baisions. Il n’y avait pas d’autres mots pour décrire ce que nous faisions. Une fois, il m’avait dit que les filles plus grandes que lui, ça l’excitait. Faute de chance, j’étais sans aucun doute la plus grande, quoi que la fille d’un artisan fût aussi assez grande. L’était-elle autant ou plus que moi ? Je l’ignorais. Nikola baisait-il aussi avec elle ? Je l’ignorais encore. Une fois, pendant un de nos rapports, il m’avait lâché qu’avec notre position, je ne pouvais que tomber enceinte… Mon dieu, j’espérais bien que non ! Si je devais un jour porter un enfant, je voulais que ce soit celui de Miklos, pas celui d’un autre. Je me doutais que mon époux avait dû lui confier notre difficulté à en avoir ainsi que ses soupçons sur sa stérilité. Nikola s’était-il fait un devoir de me faire tomber enceinte afin de savoir qui avait un souci ? Et si je tombais enceinte et que je faisais croire à Miklos qu’il était de lui, comment arriverais-je à vivre avec ce lourd secret ? J’étais effrayée. Il fallait que cela cesse. Mais je n’eus pas le temps de faire cesser cela car Miklos nous surprit et cela marqua le début de ma fin.

Anéanti. Voilà ce que j’avais fait. J’avais anéanti mon mari. J’avais essayé de me faire pardonner, de m’expliquer mais tout ce que je pouvais dire ne changeait rien. Il n’y avait plus de vie dans le regard de Miklos. Il ne me regardait plus, ne me parlait plus, ne me touchait plus. J’avais mal. Je souffrais comme jamais mais je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même. Je l’avais fait sombrer. J’avais brisé un être pur parce que c’était ce qu’il était. Il avait sombré dans l’alcool et ne rentrait plus chez nous. Où dormait-il ? Je n’en savais rien. Tout le monde était au courant pour ma trahison et j’étais mal vue. J’étais la honte de mes parents. Je ne pouvais plus rester…
Bien décidée à partir, je retrouvais Miklos au bord d’une falaise, les yeux fixés vers le bas, attendant désespérément le courage de sauter pour ne plus souffrir. Je l’en éloignais et il tomba au sol. Je m’assis à côté de lui. Le silence régna pendant plusieurs secondes jusqu’à ce que je déclare :
- Je pars.
Je n’eus aucune réponse. Je ne m’attendais pas vraiment à en avoir une de toute manière. Je restais à côté de lui pendant plusieurs minutes sans rien dire. Je le regardais du coin de l’œil. Ca me faisait mal de le voir dans cet état et rester à ses côtés n’était pas la solution.
- Tu seras mieux sans moi, continuais-je. Promet moi que tu vas reprendre ta vie en main et être heureux avec une fille qui t’aimera comme tu le mérites et…
- T’étais toute ma vie, souffla-t-il.
Je me tus aussitôt. C’était la première fois depuis des jours qu’il m’adressait la parole. Je le regardais et aussi, la première fois depuis longtemps, il me regarda également.
- J’aurais donné ma vie pour toi et tu as tout fichu en l’air…
- Je sais et je ne te dirais jamais assez combien je suis désolée. Sauf que je ne pourrais jamais rien faire pour effacer ce que j’ai fait. Je ne peux que m’en aller pour que tu puisses refaire ta vie.
J’aurais juré qu’il allait dire quelque chose mais Miklos resta muet. La conversation était terminée. Le cœur lourd, je me penchais vers lui pour déposer un baiser sur son front avant de me lever. Je n’avais même pas fait mes valises. Je voulais repartir à zéro, moi aussi. J’avais quitté le village depuis à peine vingt minutes que je rencontrais un homme qui m’accosta d’une façon plutôt étrange.
- Tu veux qu’ils t’oublient ?
- Je vous demande pardon ?
- Tu les as bien tous trahi, non ?
- Comment est-ce que vous savez ça ? demandais-je.
- Là n’est pas l’important. Tout ce que je veux savoir c’est si vous voulez qu’ils vous oublient ?
Honteuse, je baissais la tête.
- Oui, mais c’est impossible. Tout ce que je peux faire c’est partir…
- Et si je t'apprenais que ça l’est ?
Je fronçais les sourcils. Ca sentait l’arnaque à plein nez. Et pourtant, j’étais curieuse de savoir.
- En échange de quoi ?
- Et bien en contrepartie, tu signes ce petit contrat qui lie ton âme avec les enfers.
Je restais silencieuse pendant quelques instants, me demandant si c’était une blague ou pas. Sauf qu’il fit apparaître un contrat qui sortit de nulle part.
- Alors, ce contrat ? Une âme contre l’oublie ? Selon le contrat, je vais faire en sorte que tous ceux qui t’ont connu jusqu’à présent t’oublient dès l’instant où tu auras apposé ta signature.
- C’est pas du crack ?
- Non, c’est pas du crack. C’est la réalité. Signes, et tu verras bien. Si je mens, qu’est-ce que tu perds ? Absolument rien. Sauf peut-être un peu de ton égo.
Contre toute attente, je signais…

Soixante ans plus tard, j’étais de retour à Chios. J’avais toujours l’apparence d’une femme de trente ans mais depuis toutes ces années j’avais changé mille et une fois d’apparence. Devenir une succube m’avait offert la possibilité de modeler mon corps à loisir et autant avouer que j’en avais profité pour arranger ma grandeur. J’étais devenue un peu plus petite. J’étais entrée dans la norme des femmes. J’avais aussi changé mes cheveux, la forme de mon visage, mon corps en lui attribuant des formes un peu plus féminines mais j’avais gardé qu’une seule chose de mon ancien moi : mes yeux dont je suis encore si fière aujourd’hui. En soixante ans, je n’avais pas revêtu mon apparence d’origine et je m’apprêtais à le faire pour la dernière fois. Chios avait changé et pourtant, je n’eus aucun mal à retrouver ma sœur. Avant de la croiser, j’avais repris mon apparence et j’étais passée devant elle sans qu’elle ne me reconnaisse. C’était à présent une femme âgée autour de laquelle courraient trois magnifiques bambins. Ses petits enfants, probablement. J’étais tellement heureuse qu’elle ait eu la vie qu’elle méritait. Quant à Miklos, je le retrouvais dans notre maison. Il n’y avait ni femme, ni enfants. Il était assis sur un banc installé le long du mur de notre maison. Il leva les yeux à mon passage mais il n’eut aucune réaction. Ils m’avaient oublié. Le démon avait dit vrai. Ce qui me soulagea, c’était qu’il n’y avait plus aucune douleur dans son regard. Il allait mieux. Honnêtement, j’avais eu espoir qu’il me reconnaisse mais j’avais signé le contrat et le contrat stipulait qu’ils oublieraient mon existence. C’était mieux ainsi.

ESPAGNE, Santander – 1492


L’année de la plus grande découverte du monde, 1492 et tout ce qui s’ensuivait. Christophe Colon avait ramené la merveilleuse nouvelle de la découverte d’un nouveau continent. On ne parlait plus que de ça. L’Espagne était en plein dans son âge d’or. A ce moment là, je me faisais appeler Dulce. Oui, ça veut dire Douce. Pas très original ou plutôt kitch quand on y repensait à deux fois, mais dans ce pays, c’était un prénom très répandu. J’étais brune à ce moment-là et j’avais fait en sorte que ma peau soit assez mâte afin de rentrer dans le cliché de l’espagnole. Qu’est-ce que j’y peux si le monde est rempli de clichés ? Rien. Alors oui, si on me regardait bien, on ne pourrait pas nier mes origines hispaniques. Origines que je n’avais pas d’ailleurs puisque j’étais grecque de naissance. Seulement voilà, cela faisait des siècles que je n’abusais plus de mon côté succube. Je faisais en sorte de vivre comme n’importe quelle humaine avec un travail et une situation clean. Quant à mes relations sexuelles obligatoires pour assurer la conservation de mon apparence et de mes pouvoirs de succube, elles ne se faisaient que lorsque j’en avais besoin. Autant dire tout de suite que je ne faisais pas vraiment satisfaction au Démon de la zone. En clair, j’étais « nulle » comme succube parce que je n’atteignais jamais ce foutu de quota de victime par an. Sauf que voilà, il y avait des choses qui ne m’amusaient plus. Je n’avais pas signé ce contrat par plaisir alors j’avais des hauts et des bas quant à mon devoir de propriété de l’enfer. Parfois je faisais mon quota minimal, parfois j’en faisais un peu plus voir même nettement plus. J’avais un vrai yoyo. On me l’avait reproché plus d’une fois mais honnêtement, ça me passait par-dessus la tête.

Ma vie à Santander n’était pas palpitante. Mais s’il y avait une chose à laquelle je prenais plaisir, c’était apprendre les danses hispaniques. Le flamenco était une danse magnifique. En réalité, je trouvais que toutes les danses valaient leur pesant d’or et chaque fois que je débarquais dans un autre pays ou une nouvelle région, la première chose que j’apprenais c’était une danse. Là, le flamenco formait vraiment parti de ma nouvelle passion. La femme qui m’apprenait les pas m’affirmait que j’étais sa meilleure élève et que j’avais appris encore plus rapidement que certaines de ses élèves qui apprenaient depuis plusieurs années. Il fallait bien que j’avoue que s’il y avait bien une chose qui n’avait pas changé depuis ma période humaine, c’était que j’étais toujours aussi bonne danseuse. Depuis Miklos, autant avouer que je trouvais surtout du réconfort là-dedans. De nombreuses années s’étaient écoulées et pourtant, je continuais à m’en vouloir. C’était ma peine pour avoir osé commettre le pire des crimes conjugaux et je l’acceptais. J’avais pourtant eu des aventures. Le concept de petit ami n’existait pas au 15ème siècle, ni avant d’ailleurs. On m’avait demandé en mariage plusieurs fois et j’avais refusé à chaque fois. Pourtant, j’avais fini par m’attacher à certains hommes mais ils avaient fini par tout gâché en me demandant d’unir ma vie avec la leur. C’était impossible parce qu’à chaque fois que je couchais avec eux, je réduisais leur espérance de vie un peu plus à chaque fois, et puis je ne pourrais jamais expliquer pourquoi je ne vieillissais pas et ne prenais pas une ride. J’étais une succube et je n’unissais plus ma vie à personne. C’était mon fardeau.

En tout cas, l’Espagne n’avait jamais été aussi glorieuse qu’en ces temps de colonisation. La découverte de Christophe Colomb avait mis tout le pays en émoi et cela promettait une amélioration des conditions de vie. J’aurais pu avoir l’occasion de voir tout ça, mais après cinq ans de service pour le démon du coin, je fus mutée ailleurs. C’était à prévoir, j’étais dans ma mauvaise période de succube. Mais c’était aussi une occasion de recommencer une nouvelle vie avec une nouvelle apparence.

ETATS-UNIS, Salem – 1692


La ville de Salem au 17ème siècle n’est pas vraiment la ville de Salem qu’on connait aujourd’hui car il s’agit aujourd’hui de la ville de Danvers. Tout le monde connait la célèbre ville de Salem pour ces procès et forcément j’étais en plein dedans ! A ce moment là, je me faisais appeler Morrigan et j’étais rousse. Magnifique idée, hein ? Tout le monde savait que les rousses étaient facilement accusées de sorcellerie. Enfin, je n’avais pas trop de problèmes jusqu’à ce que brusquement, ces trois filles se mettent à accuser des habitants de Salem Village d’être des sorciers et de les avoir envoûtées. Ah ! Et aussi d’être des alliés de Satan ! Sauf que les accusées étaient très loin d’être des alliés de Satan. Moi en revanche… J’étais peut-être la seule du lot à être à peu près tout ce qu’elles accusaient. Quoi ? Oh je vous l’ai pas dit ? Je suis une des accusées ! Ben oui, sinon ce ne serait pas drôle ! Ces trois filles, je m’en souviendrais toujours de leurs noms et de leurs visages : Abigail Willams, Ann Putman et Betty Parris. La première et la dernière étaient de la même famille, c’était des cousines. Williams était la nièce du révérend Samuel Parris. Tout a commencé quand les deux cousines ont commencé à parler une langue inconnue, à se cacher et à traîner des pieds en marchant et forcément, à l’époque c’était synonymes de possession. C’était un peu des conneries parce que moi, au levé, je traîne parfois des pieds. Est-ce que ça fait de moi une possédée ? Oh mais que suis-je bête… j’appartiens déjà au diable ! Je ne risque donc pas grand-chose ! Après, on a détecté ce même phénomène chez Ann Putman et du coup, elles se sont mises à divulguer des noms.

Bien que cela fasse quatre ans que j’habitais Salem Village, je ne peux pas dire que je connaissais tout le monde. C’était plutôt une grande ville en fait Enfin parmi les premières accusées, j’en connaissais une. C’était une commerçante en herbologie. Elle ne faisait que vendre de plantes à vertus curatives et elle avait fini par être jugée pour cela. Je l’aimais bien cette fille, elle n’avait jamais fait de mal à personne. Quand les gens allaient la voir, ils étaient malades et après trois jours à prendre ces recettes de grand-mère, ils allaient mieux. Il n’y avait absolument aucune sorcellerie là-dedans ! C’était juste des vieux remèdes que tout le monde était content de trouver quand on était au fin fond du gouffre et brusquement, ça devenait de la sorcellerie. Le monde était vraiment absurde. Accusée de sorcellerie, elle avait été mise en prison. Sauf qu’elles étaient tellement nombreuses à aller en prison et à les remplir que rapidement, elles ont été jugées pour finir condamnées à mort et accusées de sorcellerie. Et pour faire les choses encore mieux, celles qui plaidaient coupables et qui donnaient d’autres noms évitaient l’exécution capitale. Quant aux femmes enceintes qu’ils ont arrêtées, elles ont été mises à mort qu’après la naissance de leur enfant.

Quant à moi ? Et bien j’ai été dénoncée ! Ben oui ! J’étais étrange pour eux, une femme de vingt-sept ans qui fait retourner les hommes à son passage, rousse de surcroît… Et puis autant avouer que j’étais dans ma période où je prenais vraiment à cœur mon rôle de succube. J’avais des hommes dans mon lit encore plus que les cent dernières années. Pour le coup, je faisais la fierté du démon du secteur. Donc oui, il y avait de quoi m’accuser de sorcellerie et quelque part, ils avaient raison parce que j’étais peut-être plus sorcières que toutes ces filles qu’on avait accusé à tord. J’ai été jugé pour être une ensorceleuse ! Les femmes m’avaient accusé d’avoir attirée leurs maris pour leur faire commettre le pêché et les hommes que j’avais attirés avaient fini par m’accuser de leur faute en prétextant que j’avais fait en sorte qu’ils ne se rendent compte de rien jusqu’à ce que je les libère de mon emprise au moment de l’extase pou qu’ils sachent ce qu’ils étaient entrain de faire. Voilà comment on me remerciait pour leur avoir fait connaître le meilleur orgasme de toute leur vie… ! Et franchement… comme si je les avais forcés ! Ils me bavaient presque dessus bien avant que je leur témoigne de l’intérêt. Mais voilà, c’était facile d’accuser quelqu’un d’autre pour expliquer et justifier leur pêché. Ils se libéraient ainsi du poids de la honte parce que très honnêtement, ils étaient conscients de A à Z. Et je n’avais pas eu à les forcer beaucoup pour les faire venir à moi.

Je n’avais pas spécialement l’habitude de me laisser faire mais je me laissais arrêter sans faire d’histoire en attendant mon pseudo procès. Je ne considérais pas cela comme tel parce que les accusés avaient très peu de chance d’être acquittés. L’Eglise contrôlait absolument tout et quand on était accusé de sorcellerie, il y avait très peu de chance de s’en sortir. On pouvait à peine se défendre. Du coup, était-ce utile que je me débatte ? Non. Je m’étais laissée enfermer. L’énergie vitale que j’avais prise aux différents hommes me permit de tenir plusieurs jours. L’énergie prise à des hommes non casés était toujours moins importantes que quand je prenais celles d’hommes qui commettaient une trahison. Plus le mal était fort, plus l’énergie était grande. C’était ainsi, je ne faisais pas les règles moi. Avec le recule, j’ai appris les différentes théories qui ont alimenté cette folie sur la sorcellerie. Déjà, il y avait celle de l’ensorcellement provoqué par les amérindien. C’était la théorie la plus nulle parce qu’à cette époque, j’étais rousse et la peau pâle. Autant dire que je n’avais même pas un semblant de goutte d’indien dans mes veines – en plus du fait que j’étais grecque, comme toujours. L’autre théorie, c’est qu’on a souvent fait référence à un homme noir qui affirmait l’existence du sabbat et parlait des tortures qu’il avait reçu des amérindiens. Du coup, le sabbat est devenu un rituel pour les sorciers avec le temps. On suppose un peu que ça part de là principalement. Enfin pour en revenir à ce qui nous intéresse, de cette théorie là on peut ajouter le fait que le clergé voyait en les amérindiens des démons, les associait aux sorciers, et de fil en aiguille on en est venu à chasser les amérindiens et les pauvres blancs qui ont été contaminés par leurs us et coutumes. C’était de la bêtise pure et dure, hein ! Mais c’est parti de là.

Pendant mon incarcération, j’ai fait parler de moi ! Quand le manque d’énergie a commencé à se faire sentir, j’ai fait mon ensorceleuse faisant venir à moi mes geôliers pour une petite partie de jambes en l’air. Heureusement que ma nature satanique me permet de ne pas attraper de maladies sexuellement transmissibles parce que sinon, je serais morte plus d’une fois. Les geôliers étaient toujours contents de se faire à l’idée qu’ils pouvaient violer et martyriser les jeunes femmes. Et j’étais une excellente actrice ! Enfin bref toujours est-il que mon procès n’a jamais eu lieu parce qu’ils ont été progressivement annulés et petit à petit nous avons été libérés. J’ai pu reprendre ma vie avant de disparaître à nouveau pour une nouvelle vie.

FRANCE, Paris – 1793


Je m’appelle Théodora à présent et je vis à Paris. Cela fait maintenant trois ans que j’y suis installée et que je travaille pour le Démon local. La situation est catastrophique dans cette magnifique ville française. La révolution a éclaté, c’est la crise. Et pourtant, moi, je suis là, jouant mon rôle de succube à la perfection. Des âmes faciles à corrompre, il y en a des tas. Beaucoup plus que ce qu’on veut croire. Les bordels font faillites alors si les hommes peuvent satisfaire leurs envies et leurs fantasmes avec une femme qu’ils n’ont pas à payer, ils le font pendant que leurs femmes les attendent à la maison, berçant un quelconque enfant de quelques mois qui pleure encore et encore de faim. Cette faim qui tient le ventre de chacun et qui ne refuse de passer. La mortalité infantile a grandement augmenté. Les enfants ne survivent presque pas à la famine. Ils me font de la peine. Je peine à les voir avec les os saillants.
C’est l’année où la monarchie absolue a été abolie après quatre ans de lutte de la part des français. Les Girondins étaient au pouvoir et on n’allait pas tarder à juger le roi Louis XVI. Nul doute que le pauvre homme n’allait pas survivre à son jugement puisqu’il avait fait preuve de couardise en essayant de s’enfuir. Manque de pot, sa face était imprimée sur toutes les pièces de monnaie. C’était un peu comme avoir un avis de recherche ambulant pour le coup. Enfin entre les Girondins et les Montagnards c’était aussi un peu la guerre puisqu’ils n’étaient pas d’accord sur ce qu’il fallait faire de notre bon roi. Les premiers retardaient le jugement, les autres voulaient une rupture définitive avec la monarchie absolue afin de créer la République. Quand on voyait la misère dans laquelle se trouvaient les pauvres gens, j’étais d’avis à ce que la monarchie soit abolie mais je ne faisais pas de politique. Je n’étais qu’une pauvre citadine qui vendait des fleurs.

Le procès de Louis XVI datait déjà depuis fin 1792 alors on ne savait trop ce qu’il allait advenir de lui à cause du conflit entre les Montagnards et les Girondins. Mais ce conflit ne pouvait pas être éternel. De son côté, le roi ne reconnaissait pas ses tords, affirmant avoir agi ainsi pour la France. Les rois étaient imbus de leur personne, les années me l’avaient prouvé plus d’une fois. Tout ce qu’ils voulaient, c’était leurs intérêts. Celui du peuple, il n’en avait cure. Mais ça, jusqu’à ce que ça leur retombe dessus, ils n’y faisaient pas attention. Et ils pouvaient se passer plusieurs rois avant que le peuple ne réagisse par lassitude. Finalement après de longs mois de procès, le roi fut reconnu coupable après un vote puis condamné à mort le 21 janvier 1793. Je me souviens de ce jour. Nous étions tous réunis Place de la Révolution où se trouvait la guillotine. J’avais vu plus d’une tête tomber mais cette tête là marquera à tout jamais les esprits. Même les enfants étaient présents et à aucun moment, les parents ne cherchèrent à leur dissimuler la scène. Je ne saurais dire si c’était une bonne ou une mauvaise chose.
La mort de Louis XVI entraîna des guerres contre la France. La paix n’était pas assurée et il y avait encore tant de chemin à parcourir. Pour ma part, je ne restais pas plus de trois après la mort de Louis XVI. Même si j’avais la capacité de vieillir mon apparence autant que possible jusqu’à ressembler à une vieille mamie, je ne l’avais jamais fait.

ETATS-UNIS, Atlanta – 1863


Je me nomme Mélanie et je suis arrivée à Atlanta en pleine guerre de sécession. Le démon supérieur local s’est vu attribué ma petite personne car il manquait un succube à son effectif. Et pourtant, je sais que je suis ici simplement de passage. Combien de temps resterais-je à Atlanta ? Qui pouvait le prévoir. Et pourtant, je suis là.
Je me suis improvisée infirmière en ces temps difficiles pour l’Amérique. J’aide les mal nourris, les malades, les blessés, les rescapés du mieux que je peux. Mais soyons honnête, je ne peux pas faire grand-chose pour eux… La médecine laisse à désirer, on pratique la saignée pour tout et n’importe quoi, la morphine est rare. Des cris et des hurlements remplissent mon quotidien. S’en est insupportable. Même quand je rentre chez moi, les hurlements se font encore entendre dans ma tête. Certaines de mes camarades infirmières succombent aux maladies produites par l’infection des plaies. L’odeur de la mort est devenue notre odeur. Elle est partout. Même lorsque le vent vient apporter sa fraîcheur, il apporte avec lui cette odeur de charogne, de chair pourrie de mort et d’horreur. Fuir cet endroit, voilà ce que je souhaiterai faire mais c’était malheureusement impossible. On m’avait affecté depuis peu et on ne me changerait pas d’endroit aussi facilement. Il fallait que je serre les dents et que je continue.
Mon devoir de succube était devenu tellement dérisoire, tellement peu important que je ne me nourrissais que lorsque c’était nécessaire pour moi. Heureusement que j’étais immunisée contre les maladies car je n’avais aucun doute quant au fait que les hommes avec qui je couchais possédaient une quelconque maladie. L’énergie qu’ils me fournissaient n’était pas suffisante pour que je puisse subsister pendant plusieurs jours. Parfois, j’étais obligée de me tourner vers des jeunes garçons à la fleur de l’âge et dont les âmes étaient encore pures. Je ne les forçais en rien, ils étaient d’accord pour avoir une liaison avec moi. Certains voyaient là une occasion de perdre leur virginité avant de mourir. D’autres voulaient juste ensuite raconter aux copains qu’ils avaient eu l’occasion de coucher avec un magnifique bout de jeune femme. Les raisons étaient diverses et variées mais toujours consentantes. Je ne violais jamais personne. Certes, j’usais de mes dons de succube pour les faire tomber dans mes filets mais à la fin c’était toujours eux qui disaient oui.

C’était dans un de ces hôpitaux improvisés que je fis la rencontre de Brett, ce magnifique jeune prêtre, à peine plus âgé que moi en apparence. Son âme était d’une pureté comme je n’en avais jamais vu auparavant. A cet homme, jamais je ne lui souhaitai le malheur. Je le trouvais tellement bon. Jamais encore il ne m’avait été donné l’opportunité de rencontrer un homme comme lui. Je l’avais remarqué dès qu’il avait pénétré dans les lieux. C’était comme si le temps s’était arrêté de tourner. Il avait apporté avec lui une bouffée d’oxygène. Les malades semblaient reprendre du poil de la bête en sa présence. Pour peu, j’aurais juré avoir affaire à un ange. Et pourtant, il ne s’agissait là que d’un simple humain. Bien sur, Brett me remarqua. Les hommes remarquaient toujours un succube, même les fervents croyants qui avaient juré fidélité à Dieu. Et progressivement, nous en vînmes à discuter. Au fil des jours et du temps qui passaient, un lien se créa entre nous. Il ne s’agissait pas d’une simple amitié, il y avait quelque chose qui nous rendait extrêmement proche et que pourtant, nous n’avions pas le droit d’expérimenter. Cette barrière exista entre nous du début jusqu’à la fin.
La guerre n’en finissait pas. J’avais cessé de compter les années jusqu’à ce fameux jour où la guerre prit fin, le 9 avril 1865. Le nombre de morts ne se calculait plus. Ce jour où la guerre de sécession prit fin fut le dernier jour où je vis Brett qui pour fêter cette victoire avait déposé un baiser sur mes lèvres. Au contact de sa bouche, je m’étais sentie vivante, comme prise d’un souffle nouveau. Mais ce fut là le seul geste tendre qu’il eut à mon égard. Dans son regard, je perçus un mélange de regret et d’envie mais sa condition de prêtre ne pouvait l’autoriser à aller plus loin. Il était déjà allé trop loin aux yeux de Dieu. Et il quitta ma vie aussi brusquement qu’il n’y était entré.

ANGLETERRE, Londres – 1888


Londres victorienne. L’Angleterre dans toute sa splendeur ! Elle était devenue la ville la plus grande et la plus riche du monde. La révolution industrielle avait vraiment fait des merveilles dans ce pays. Tout le monde se précipitait pour venir voir le nouvel opéra de Gilbert et Sullivan, Le Yeoman de la Garde alors que les londoniens étaient terrifiés par l’image du Dr Jekyll et M. Hyde car des meurtres sévissaient dans le quartier de Whitechapel. Nous, les prostituées étions des victimes à Whitechapel. Et oui, voilà à quoi j’en étais réduite : jouer les prostitués. Bon dans un sens, ça m’arrangeait parce qu’au moins, j’avais toujours le plein d’énergie mais si j’avais pu avoir le choix de ma propre vie ça aurait été mieux. Mais le démon avait dit qu’il fallait que j’aille là alors j’étais allée là. Et puis voilà. Sauf que maintenant, on avait un tueur en série qui effrayait les femmes qui redoutaient chaque nuit de faire le trottoir. Mais comme ce n’était pas nous qui décidions, nous n’avions pas d’autre choix que de faire le boulot qui nous incombait : se faire prendre dans une ruelle du quartier.

Les meurtres ont commencé avec Mary Ann Nichols, le 31 Août 1888. Son meurtre a été estimé à 3h40 du matin. La pauvre Mary Ann a eu la gorge tranchée et l’abdomen présentait une profonde blessure. Autant dire que toutes les autres ont été terrorisées en apprenant que l’une d’entre nous a été tuée de façon aussi horrible. Même moi je m’étais sentie vraiment mal en apprenant que quelqu’un était assez timbré pour tuer une femme de cette façon. Les premières réactions ont été des soupçons envers l’Eglise mais malheureusement, nous n’avions aucune preuve. Et puis, très franchement, les prêtes n’avaient pas assez de cran pour venir tuer une femme de cette façon. Il a fallu trois jours pour que les choses reviennent plus ou moins à la normale et que les autres veuillent reprendre le travail. Personnellement, je n’avais pas vraiment eu peur de retourner bosser dès la nuit suivante parce que les humains ne me faisaient pas peur et il ne s’agissait certainement pas d’un démon. Depuis le temps que je les côtoyais ceux-là, c’était vraiment pas leur mode opératoire. A moins qu’il y en ait un qui ait craqué, mais j’aurais senti sa signature et ce n’était pas le cas.

L’autre victime eut lieu le 8 septembre. C’était Annie Chapman. Elle avait été tuée vers 6h du matin. L’abdomen était complètement ouvert et on lui avait retiré l’utérus. Ca avait crée une nouvelle crise parmi les prostituées. Annie avait été charcutée de manière encore pire que Mary Ann sauf que contrairement à la précédente, une des prostituées qui se situait non loin de là affirmait  qu’elle avait vu Annie en compagnie d’un homme au teint fondé et dont l’apparence était à la fois distinguée et minable. C’était le témoignage le plus débile que j’avais entendu de ma vie. On ne pouvait pas être à la fois distinguée et minable. C’était impossible et j’en savais quelque chose puisque depuis que j’étais devenue une succube, j’avais toujours fait hyper attention à mon apparence. Enfin bon, je n’allais pas faire un cours sur comment s’habiller et comment être classe et distingué. Mais il fallait vraiment me croire quand je disais que c’était impossible d’être les deux parce que c’était complètement paradoxal.

Un changement de système s’opéra parce qu’on décida de nous mettre en binôme. L’une devait veiller sur l’autre et vice-versa. Autant dire tout de suite que Londres était sans dessus-dessous et que tout le monde craignait pour sa vie. Il n’y avait quasiment plus personne qui se baladait dans la rue le soir. Tout du moins pas à des heures indécentes de la nuit comme on avait pu le voir ces derniers mois avec l’effusion en masse de touristes. En plus de ça, le tueur en série qui se faisait appeler Jack l’Eventreur ne semblait pas sévir ailleurs que dans Whitechapel. Ce qui était assez étrange d’ailleurs parce qu’à part des prostituées, on ne trouvait pas grand-chose d’autre dans ce quartier de Londres. Du coup, on commençait à se dire que ce malade en avait après les prostituées, ni plus, ni moins. Enfin, pour en revenir à ce nouveau système, il n’était pas vraiment très efficace parce qu’au final, à la fin du mois de septembre, un binôme s’est fait tuer : Elizabeth Stride et Catherine Eddowes. Elizabeth a été retrouvée vers une heure du matin avec la gorge tranchée au niveau de l’artère gauche. Cependant, contrairement aux autres, son abdomen avait été épargné. Peut-être que Jack n’a pas eu le temps d’aller au bout de son entreprise mais toujours est-il qu’il a fait une victime de plus. Cette fois-ci encore, il y a eu des témoins mais les témoignages étaient incohérents parce que si certains affirmaient avoir vu Elizabeth en compagnie d’un homme classe, honnête et bien habillé, d’autres affirmaient qu’il était décharné, peu fréquentable et mal habillé. On en revenait presque au premier témoignage complètement paradoxale. Enfin bon, si les gens n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur l’apparence de Jack l’Eventreur, jamais on ne réussirait à l’arrêter… Quant à Catherine, et bien elle a été trouvée 45 minutes après Elizabeth, la gorge tranchée en partie et l’abdomen ouvert par une longue et profonde coupure avec le rein gauche manquant ainsi qu’une majeure partie de son utérus. Elle avait eu moins de chance que la première… Quoi que dans les deux cas, je pouvais difficilement parler de chance. Même en étant en binôme, on ne pouvait pas être en sécurité. Ce Jack était vraiment un malade. Jusqu’à présent, j’avais eu de la chance, mais honnêtement, toutes ces mortes commençaient à me faire un peu peur parce que personne n’arrivait à mettre la main sur ce tueur. Pas même les démons de ma connaissance. Cet humain était vraiment fort. Trop fort pour être normal. Mais malheureusement, rien ne le rendait anormal hormis ça. Une nouveauté fit son apparition car les policiers retrouvèrent un morceau de tablier ensanglanté qui appartenait à Catherine. C’était tout. On n’avait aucune autre piste pour résoudre tous ces meurtres…

On aurait pu croire que c’était terminé parce qu’il se passa plus d’un mois sans qu’il n’y ait d’autres morts. Cependant, Jack l’Eventreur en fit un dernier avant de tirer sa révérence. Cette fois-ci, il alla beaucoup plus loin dans sa démarche parce qu’il tua Mary Jane Kelly chez elle. De tous les meurtres que Jack avait faits, ce dernier était le pire. Sa gorge avait été tranchée jusqu’à la colonne vertébrale, l’abdomen était quasiment complètement éviscéré et le cœur avait été retiré. Une lettre avait été reçue par la police de Jack avec comme lieu de destination « De l’Enfer ». Ce fut le dernier meurtre de Jack l’Eventreur. Après quoi, on n’entendit plus jamais parlé de lui. Qui était-il ? Pourquoi s’acharnait-il contre les prostitués de Whitechapel ? Jamais personne ne l’a su, mais une chose est sure, ce gars-là était franchement fort pour filer entre les doigts de la police et des démons qui se sont lancés à sa poursuite. On a longtemps cru que c’était un nephilim étant donné leur capacité à dissimuler leur capacité magique et leur grande force. Enfin, ça, les humains n’en ont jamais rien su parce que c’était une chose que les humains ignoraient.

ETATS-UNIS, Nouvelle-Orléans – 2015


Anhya. Un prénom et une apparence que je possédais depuis cinq ans maintenant. J’étais arrivée en 2010 à la Nouvelle-Orléans et honnêtement, je m’y sentais extrêmement bien. J’étais assez libre de mes mouvements. Dès mon arrivée je m’étais dégotée un appartement assez spacieux et un boulot dans une librairie à cinq pâtés de maisons de là où j’habitais. Autant avouer que je ne prenais pas souvent la voiture pour aller bosser. D’ailleurs, depuis ces cinq dernières années j’étais passée de simple petite vendeuse à gérante. Une énorme promotion ! Ces trois derniers mois s’étaient avérés stressants mais je m’étais faite à la vie de gérante. Je m’étais aussi faite de nouveaux amis.
J’ai un chat aussi. Pendant toutes ces années, je me suis toujours refusée d’avoir un animal de compagnie à cause de ma situation instable, mais ça faisait cinq ans que je vivais là et il n’y avait aucun déménagement de prévu. Cela faisait trois ans maintenant que Queiros vivait avec moi et franchement, ça faisait du bien de rentrer d’une journée de boulot pour retrouver quelqu’un qui vous a attendu toute la journée. Ne vous y fiez pas, je ne comblais pas l’absence d’affection masculine par ce chat. Oh non ! C’était juste que j’en ai eu un peu marre de vivre toute seule de manière monotone. Et puis Queiros a quelque chose de plaisant et de reposant.
Enfin voilà, je pense qu’on a fait le tour de ma petite vie. Elle n’a pas été des plus passionnante, mais c’est la mienne et la vie me réserve encore plusieurs aventures !



 
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Esprits des fantômes, sur vos fiers destriers, escortez dans la nuit la belle fiancée ღ Anhya

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